La nuit où elle a laissé filer le renard
Il est tard. Vous êtes chez vous, la centrale est à quarante kilomètres, au bout de son chemin de terre. Là-bas, un renard se faufile le long de la clôture, traverse entre deux rangées de panneaux, marque un temps, repart.
Rien ne se passe. Votre téléphone reste posé sur la table, éteint. La nuit continue, et vous dormez.
Une heure plus tard, une silhouette s'arrête au même grillage. Elle ne traverse pas : elle l'écarte. Elle se baisse vers le poste, sort une pince.
Cette fois, votre téléphone s'allume. Une seule fois. Rien à voir avec la dixième fausse alerte de la semaine que vous auriez fini par ignorer — celle-là, vous la regardez.
Vous voyez l'ombre penchée sur le câble, l'heure, le nom de la centrale. Vous savez que ce n'est pas une bête.
Vous appelez pendant que ça se passe — et pour une fois, ce n'est pas le lendemain matin, devant les câbles arrachés, que vous l'apprenez.
Le lendemain, justement, il ne s'est rien passé.